Le Chien est Dans les Détails

par Suzanne Clothier
(reproduit avec l'autorisation de l'auteur)


 

Un éducateur a écrit : « Un chien qui met ses pattes sur vous, un chien qui semble aimer vous plaquer dans votre chaise avec sa tête sur vos genoux n’est pas affectueux, mais plutôt il vous traite comme un membre de la meute qui peut être poussé, marché dessus et maintenu au sol.  Dr. Karen Overall avertit que ses signes doivent être lus pour ce qu’ils sont.  De l’agression de dominance dans une forme manifeste ne devrait pas être une surprise si ce genre de comportement a été observé dans le passé. »


Il est regrettable que cette condamnation radicale de chiens qui cherchent le contact soit assez souvent entendue.  Ce qui manque ici sont les détails, parce que les détails font la différence.  Tous les chiens qui donnent des petits coups de nez, met leurs têtes sur les genoux,  grimpent sur vous,  dorment sur votre oreiller, etc., ne sont pas « dominant ».  Mais comment reconnaitre la différence ?


Cela me semble encore être un autre problème « d’étiquettes » - ils ne décrivent pas précisément les nuances, le contexte, les interactions.  Dans mes séminaires, je pose cette question : « Une femme court vers vous en hurlant –est-ce bon ou mauvais ? »  Par réflexe, beaucoup répondent « Pas bien ! » (en particulier les hommes, pour une raison étrange…) Je souligne que c’est juste votre grand-mère qui est très heureuse que  vous avez enfin arrivé pour une visite tardive.


« Une femme court vers vous en hurlant et elle a un couteau !  Est-ce bon ou mauvais ? »  Encore une fois, la réponse réflexive est « mauvais ! »  Je signale que c’est la même grand-mère qui était en train de hacher des légumes pour faire votre soupe préférée quand elle a entendu que vous étiez arrivé et elle est sortie en courant de la cuisine, couteau en main. 


En général, ça m’est égale de connaître la position du chien tant que je n’ai pas la spécificité du langage du corps :

  • Orientation
  • Tension musculaire
  • Corps comprimé ou élargi ? Courbé ou droit ?
  • Flexion des articulations ou pas de flexion ? Mouvement avec la flexion ?
  • Angle de la tête ? Angle du cou ?
  • Rotation des oreilles ?
  • Direction du regard ?
  • Taux de respiration ?
  • Fréquence du clignement des yeux ?
  • Le chien est-il en mouvement et comment se déplace-t-il  (vitesse, rythme, amplitude) ?

Tous ces points et bien d’autres éléments d’information qui, ensemble, fournissent le méta-message de la communication complète.


Chacun de ceux-ci interagissent avec les autres signaux pour fournir le message global, et un changement ici ou une augmentation là ou l’absence ou la présence de tous se mélangent pour créer de l’information très spécifique.


J’ai eu une fois un Berger Allemand adulte perché sur ma tête et mes épaules.  Est-ce qu’il me dominait ?  Pas du tout !  Il a été renversé par une vague sur la plage, et dans sa réponse paniqué d’avoir perdu pied, il a grimpé l’endroit le plus en sécurité : moi.  Toute personne observant le langage corporel du chien aurait su qu’il n’y avait rien d’agressif ou contestant dans son comportement.


Nous savons tous cela dans nos interactions humain/humain.  Un simple contact visuel avec quelqu’un peut être accueillant, stimulant, flirt, avertissant, menaçant, etc., etc., mais c’est à peine couvert par l’étiquette de  « il a établi un contact visuel avec moi. »  Prenez un moment pour penser à la multitude d’autres signaux qui accompagnent le simple fait de faire un contact avec les yeux  par rapport aux conditions que j’ai énumérées ci-dessus.  Quelqu’un qui  flirtait avec vous serait en train de faire quoi également ?  Quelqu’un qui vous menaçait ferez…quoi ?


Les gens souvent interprète mal ou comprend de travers le langage du chien, comptant plutôt sur une compréhension brute des postures de base (le chien s’appuyait sur moi) et les cataloguent comme mauvais ou bon, sans aucune sensibilité à la complexité magnifiques de la façon que les chiens communiquent en détail précis de ce qu’ils sont en train de dire.


Dites-moi que le chien s’appuyait sur vous, et dites-moi ce qu’il fait cela avec des oreilles pliées doucement vers l’arrière, avec les yeux doux, un taux normale de clignotement, une respiration normale, peu de tension musculaire, les lèvres détendues, des courbes dans son corps/tête/cou, une flexion (souvent actif) des articulations et de nombreux d’autres signaux, et c’est une chose (une bonne chose !)


Dites-moi que le chien s’appuyait sur vous, avec un taux de clignotement lent ou absent, avec de la tension musculaire dans l’ensemble de son corps, avec une respiration altérée, aucune flexion active dans ses articulations, etc., etc., et là je vais vous dire que c’est tout autre chose.  Un chien peut être plâtré sur vous alors que vous êtes allongé sur le sol et être absolument 100% amical et affectueux (posez-moi des questions sur mes couvertures de Berger Allemand !).  Ou vous pourriez être en grande difficulté.  Mais la posture brute n’est pas l’indice ; l’image complète et détaillée est ce qui est important si vous voulez savoir ce qui se passe avec ce chien.


C’est pourquoi je suis troublé et perplexe par les échelles utilisés pour déterminer l’agression par de nombreux professionnels de haut niveau et des chercheurs. Regardez la fiche d’évaluation de l’agression du Dr. Karen Overall :


NR = pas de réaction ; SL=grognement/lèvre soulevé ; BG=aboiement/grognement ; SB=pincement/morsure.


Ce que je trouve incroyable, c’est qu’en absence d’un grognement/lèvre soulevé (la première réponse sur l’échelle), aboiement/grognement ou pincement/morsure le chien est considéré comme non agressif !  Peut-être pas ouvertement à l’œil non averti moyen, mais je suis consterné de voir que les meilleurs chercheurs semblent se contenter de cette échelle plutôt grossière, à la place d’un classement avec plus de précision qui classe les comportements spécifiques qui précèdent bien avant un grognement ou un pincement.  Bien avant un grognement/lèvre soulevé, un chien peut devenir raide, peut retenir sa respiration, les mouvements de la tête/cou peuvent cesser, et il peut fixer ses yeux sur la personne.  Poussez de côté cet avertissement clair, et oui, vous rencontrez probablement un grognement, un lèvre soulevé ou pire.


Il me semble en tant qu’éducateurs, nous sommes des gens qui, délibérément, voyageons dans le territoire connu sous le nom de Chien.  Contrairement à des touristes occasionnels, je pense que nous avons l’obligation de devenir à l’aise avec la langue maternelle, de peur que nous comprenons mal et, sans le vouloir, de répondre de façon inappropriée à ceux que nous cherchons à comprendre.  Pour parler couramment cela exige que nous ne manquions jamais de voir – vraiment, honnêtement, voir précisément – le chien devant nous, dans tout son glorieux détail et nuance.


Ils disent que Dieu est dans les détails.  Le Chien l’est aussi.

 

 

Copyright © 2013 par Suzanne Clothier. Utilisé avec la permission de Suzanne Clothier. Tous droits réservés. Pour plus d'informations sur Suzanne merci de visiter SuzanneClothier.com

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